

Déficience des cellules précurseurs myogéniques dans la dermatomyosite et d’autres myosites
Les équipes
Description
Les myopathies inflammatoires idiopathiques (MII) constituent un groupe hétérogène de maladies définies par des myopathies acquises non infectieuses et non toxiques. Parmi elles, la dermatomyosite (DM) est la plus fréquente des MII, survenant chez l’enfant et l’adulte, et pouvant mettre en jeu le pronostic vital. Son diagnostic repose sur l’association d’une faiblesse musculaire, d’infiltrats inflammatoires sur les coupes histologiques des muscles et d’auto-anticorps dans le sérum. L’étiopathogénie, qui s’est principalement concentrée sur l’immunité adaptative, reste largement inconnue. Dans la DM, l’équilibre entre la nécrose et la régénération est préjudiciable à l’intégrité musculaire, avec une évolution chronique et un mauvais résultat clinique pour certains patients. Néanmoins, la capacité de régénération musculaire a été très peu étudiée. Dans un muscle blessé normal, la régénération est réalisée par des cellules précurseurs myogéniques (MPC) qui subissent un processus de myogenèse pour construire de nouvelles myofibres. Le but de notre projet était d’évaluer la capacité des MPC dérivées de DM à entreprendre la myogenèse. Méthodes. Après avoir établi des critères de sélection spécifiques, j’ai sélectionné des patients atteints de DM (sévère et léger) et des témoins sains (HC, âge et sexe appariés) dans la base de données des Hospices Civils de Lyon et j’ai obtenu les échantillons correspondants de la biobanque de l’hôpital. Des recherches complémentaires ont été effectuées sur d’autres cellules mycéliennes dérivées de l’IIM : myopathie nécrosante à médiation immunitaire (IMNM) (n=3), myosite à corps d’inclusion (IBM) (n=3) et syndrome de l’anti-synthétase (ASS) (n=3). La myogenèse a été explorée in vitro en utilisant une culture spécifique de MPC pour l’évaluation de la prolifération, de la différenciation et de la fusion. La prolifération a été évaluée par l’incorporation d’un analogue de la thymidine dans l’ADN au cours de la prolifération. La différenciation myogénique terminale a été évaluée par l’expression de la myogénine, un facteur de transcription essentiel de la différenciation myogénique. La fusion cellulaire a été quantifiée par le nombre de noyaux incorporés dans les myotubes. L’analyse quantitative a été réalisée à l’aide du logiciel Image J, et l’analyse statistique a été effectuée par comparaison des moyennes (test t ou ANOVA). Des méthodes similaires ont été utilisées pour évaluer l’impact des bloqueurs d’interféron (inhibiteur JAK / STAT) sur la myogenèse. La sénescence a été analysée par cytométrie en flux avec un substrat fluorogène de SA-βGalactosidase, un marqueur spécifique de la sénescence. Résultats. L’analyse de la prolifération des MPC indique que les MPC dérivées de DM présentent une prolifération significativement plus faible que les MPC dérivées de HC (p=0,0020). La différenciation myogénique terminale était également fortement altérée dans les cellules MPC dérivées de DM sévères alors qu’elle était moins altérée dans les cellules dérivées de DM légères (p=0,001). La fusion des MPC a été significativement altérée dans les MPC dérivées de la DM, avec une diminution dramatique observée dans la DM sévère et à un degré moindre dans la DM légère (p<0,0001 pour chaque). Ces résultats ont été récapitulés pour d’autres IIM, avec une myogenèse altérée identifiée pour IMNM (n=3), IBM (n=3), mais pas pour ASS (n=3). Grâce à des études cellulaires et moléculaires, nous avons constaté une sénescence accrue dans les MPC dérivées de la DM et une implication potentielle de l’interféron de type I dans l’altération de la myogenèse. En effet, la myogenèse des cellules souches musculaires dérivées de sDM et de mDM a été améliorée, voire restaurée, lorsque la culture a été réalisée avec un inhibiteur de JAK/STAT, un bloqueur de la voie de l’interféron en aval ou un anticorps bloquant le récepteur de l’IFN. Conclusion. Ces résultats montrent que la régénération des muscles squelettiques est altérée dans la DM en raison des capacités altérées des MPC à proliférer, à se différencier et à fusionner. Ceci pourrait expliquer en partie les altérations musculaires et la faiblesse musculaire observées chez les patients. Ces résultats soutiennent l’hypothèse d’altérations intrinsèques des propriétés des MPC dans la DM, potentiellement liées à la voie de l’interféron, et participant à la pathogenèse de la maladie.

